Le château de Rudelle II

Toujours en compagnie du vice-président de la société des études du Comminges, Serge Dejean, nous poursuivons notre visite du château de Rudelle.

Dans toute son histoire longue d'environ quatre cents ans, le château de Rudelle n'a été vendu qu'une fois, à la Révolution. Pendant* tout l'ancien régime, il est resté, aux mains de la même famille mais en passant par mariage et par héritage des Rudelle aux Prohenques.

 

Les promenades à la fin de l'Ancien régime

Dans le cours du XVIIe en 1667, on peut, voir Guillaume de Prohenques, docteur, avocat, conseiller au Parlement, et qui fut en outre gouverneur de la ville de Muret, dénombrer ses nombreuses possessions. Le cadastre précise : « Il tient au quartier du Hour-de-Louge un château appelé de Rudelle avec chapelle à dire messe, offices, granges, estables, four, une métairie à loger le métayer dite la Borde-Blanque, basse-cour, vivier, sol, jardin, bois, rivage, vigne, pigeonnier, pasteng et terre tout tenant... »

A la suite de quoi, Guillaume de Prohenques contribua à dénombrer onze pages de propriétés, terres de toute  nature mais aussi trois métairies, la métairie de Citas, de Gagin-et la métairie dite le Brouilh au quartier d'Ox, sans oublier le bois de haute futaie dit de Rudelle.

Ces Prohenques qui resteront à Muret plus d'un siècle étaient tout comme les Rudelle, issus d'une famille de riches marchands anoblis par le capitoulat et qui, au cours des générations, occupèrent de nombreuses fonctions au Parlement de Toulouse (on peut aussi signaler une parenté avec la famille de Montaigne). Au XVIe siècle. Ils étaient exactement marchands chandeliers et Jules Chalande situe leur maison au croisement de la rue des Changes et de la rue Peyras (la maison a été reconstruite au XIXe siècle, mais une niche gothique est restée au même endroit). Au XVIIe siècle, les Prohenques à Toulouse résidaient dans l'hôtel particulier qu'avaient habité auparavant les Daffis puis les Rudelle et cet hôtel se situait entre l'actuelle maison Félix Frères et la chambre de commerce, ce qui veut dire qu’il a disparu et qu'il a été démoli lors du percement de la rue Alsace- Lorraine.

La maison des Prohenques à Toulouse était au croisement des rues Cambis et Peiras

A Muret, il y eut quatre générations de Prohenques et l'histoire locale a surtout retenu le nom de Marguerite, petite-fille de Guillaume, fille de Jean-Louis de Prohenques, qui se maria en 1729 à Antoine de Belloc et qui mourut en 1762. Selon son vœu et l'usage du temps, elle fut inhumée sous le marchepied de la chapelle Notre-Dame-du-Rosaire à l'église Saint-Jacques ; apparemment, cela a frappé l'imagination et la mémoire des Muretains.

Adélaïde-Marguerite de Prohenques, dite seigneuresse du Bruilh et coseigneuresse de Muret, fut convoquée en raison de ses titres à l'assemblée de la noblesse qui fut tenue à Muret en 1789 pour la préparation des états généraux. Fille unique, elle mourut sans enfant en 1797, à l'âge de 57 ans, sans qu'apparemment la Révolution l’ait inquiétée. Avec elle s'éteignait à Muret la petite dynastie des Rudelle-Prohenques : les éventuelles propriétés de Rudelle devenaient automatiquement bien national.

 

La saga tranquille des Lay

Jean-Marie Peyssies, né à Muret en 1759, devenu notaire en 1785 après avoir pris la succession du notaire Toujan, nommé maire de la ville en 1794, se porta acquéreur du château et d'une partie des terres puisque les biens des Prohenques, devenus biens nationaux furent vendus en différents lots. Ce même Jean-Marie Peyssies fut maire de Muret une seconde fois en 1817, sa fille Jeanne ayant épousé un certain Barthélemy Lay, la succession allait être recueillie plus tard par son petit-fils Jean-Baptiste Lay, né en 1801 et mort en 1859. Pendant cinq générations le domaine allait vivre la vie d'une grande exploitation agricole prospère et sans histoire Barthélemy, son fils Jean-Baptiste, son petit-fils Vincent, son arrière-petit-fils Paul et enfin. Jean Lay, mort récemment en 1980. Signalons dans cette « saga tranquille » des Lay une fidélité courageuse aux idéaux républicains puisqu'on trouve Vincent Lay. maire de Muret, à l'époque de la commune en 1870 et plus exactement de 1870 à 1874 et de 1878 à 1882. Signalons enfin la richesse du domaine au début du XXe siècle qui possédait alors un vieux moulin à vent mais aussi un moulin hydraulique sur la Louge, un lavoir, une forge, une tuilerie, dont on peut entrevoir quelques beaux restes, malgré la cruauté du temps qui a passé.

Il y a vingt-cinq ans, les ailes du moulin de Rudelle étaient ruinées mais encore visibles.

A suivre…

 

E.E., Le château de Rudelle II, dans la Dépêche du Midi du 30 septembre 1996

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