Le château de Rudelle III

Achevons avec Serge Déjean (voir nos éditions des deux lundis précédents) notre visite de ce château, ouvert exceptionnellement à la visite à l'occasion de la journée du Patrimoine.

Le plan du château de Rudelle reste simple : vaste corps central avec quatre tours d'angle, plus une tour d'escalier accolée à la façade sud. Malheureusement, nous ne voyons plus l'édifice tel qu'il a été conçu à l'origine puisque, à la Révolution, il a été vraisemblablement découronné de la partie haute des tours et que la toiture a été nivelée. Le château-musée Ingres, à Monlauban ; le château de Laréole, dans la Haute-Garonne, et le château de Rochemontès, à Seilh, peuvent donner quelque idée de ce que devaient être les tours de Rudelle à la fin du XVIe siècle.

 

A l’étage « noble »

Le rez-de-chaussée et le premier étage ont, eux aussi, subi des modifications, voire des altérations. L'usage, pendant l'Ancien Régime, était d'habiter le premier étage, dit étage noble; le rez-de-chaussée étant réservé aux offices, cuisine, celliers, caves... On accédait alors par un escalier ou un perron (comme au château de Saint-Elix) mais à Muret cette entrée a disparu et a été remplacée au début du XIXe siècle par une porte classique sans ornementation.

Si le premier étage porte la trace de nombreux remaniements, par contre le second étage et l'étage de la mirande ont gardé leur décoration d'époque. On trouve à Rudelle des ouvertures: dont l'encadrement fait alterner simplement la pierre et la brique, mais dont l'entablement est constitué par une table d'attente sculptée aux extrémités par des fleurons. On trouve surtout de larges baies à meneaux sculptés avec des motifs dont la syntaxe appartient, bien sûr à la renaissance toulousaine. Il y a d'ailleurs une intéressante parenté entre Rudelle et la façade nord de l'hôtel d'Assezat, à Toulouse.

Ces solives et ce pplafond ont été restaurés au XIXe siècle. -Photos"La Dépêche", R.C.

Le dernier étage, sous la toiture, s'ouvre par une mirande aux arcades qui font alterner la pierre et la brique, et cela sur toute la longueur des deux façades parallèles. Une mirande au XVIsiècle pouvait avoir une fonction noble de loggia (comme au château de Pibrac) mais à Rudelle la fonction devait être avant tout utilitaire et elle devait servir à l'entrepôt des biens ou des céréales ou au séchage également. Dans cette visite extérieure, on peut signaler enfin les curieuses bouches à feu qui se logent dans des pierres sculptées en forme de coeur (les bouches à feu étaient des ouvertures destinées à laisser passer les cartons des mousquets et des mousquetons).

 

Un intérieur inchangé

Dès le XIXe siècle, à Rudelle, le second étage a été abandonné et laissé à l'état de grenier ; ce qui d'une certaine manière l'a protégé. II est rare, en effet, que les hôtels de Toulouse aient gardé leur distribution intérieure d'origine. Alors que le rez-de-chaussée et le premier étage ont été réaménagés pour le confort de pièces d'habitation, et en ce sens présentent moins d'intérêt que le reste, les trois pièces du second étage constituent, elles, le vrai ornement du château. Cet étage, quoique vétuste, offre quatre cheminées du XVIe siècle, dont une au centre est plus monumentale que les autres. Les plafonds et les parties hautes présentent par endroit des fresques d'origine, c'est-à-dire vraisemblablement du début du XVIIe siècle, avec des frises à rinceaux jaunes et bleus, des fleurons très ouvragés, des dessins très peu lisibles de bustes ou de paysage…

Cheminée du XVIe siècle avec des  éléments de décors peints.

Le dernier étage de la mirande, qui lui aussi n'a été que très peu modifié, ne comporte pas de cloisonnement intérieur et recoupe donc toute la surface au sol du château. Il constitue un lieu quelque peu magique, non seulement parce qu'on y découvre un singulier point de vue sur Muret mais surtout parce que le temps semble s’y être arrêté.

E.E., Le château de Rudelle III, dans La Dépêche du Midi du 7 octobre 1996

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