Histoire de Rudelle I

Prévue pour une cinquantaine de personnes, la visite de Rudelle de la journée du Patrimoine a été victime de son succès.


Les trois cent cinquante personnes présentes ce jour-là ont contraint le présentateur à fractionner son exposé el les propriétaires à ne pouvoir autoriser l'accès intérieur. A la demande de visiteurs et de lecteurs, nous avons proposé à Serge Déjean de reprendre quelques éléments de sa  présentation.
D'une manière générale, il y a évidence quant à l'intérêt du château de Rudelle. Les hauts murs de brique de ce château de la fin de la Renaissance, avec ses ouvertures à meneaux et sa mirande, constituent avec la crypte de l'église Saint-Jacques les deux vrais trésors patrimoniaux de la ville de Muret. Le château est plus qu'intéressant, il est aussi intrigant ; en effet, quoique situé aux portes même de la ville, il reste méconnu et il n'y a eu à ce jour aucune étude de fond.


Du commerce au capitoulat
Pourtant, il est lié à l'histoire de Toulouse et à celle de ses hôtels dont il est à la fois le contemporain et même l'égal. Ce sont, en effet, les Rudelle, riches marchands venus du Rouergue (tout comme les Assezat), qui vraisemblablement constituèrent dans le courant du XVIe siècle une puissante entité foncière située non loin de Toulouse sur des terres alluviales en bord de Louge et propices à l'exploitation. Ce sont ces mêmes Rudelle qui  firent édifier le château - disons globalement vers 1570 - et qui apportèrent le nom.
A ce propos, il faut estimer comme improbable la mention que l'on trouve (parfois répétée d'ailleurs) dans le grand dictionnaire topographique de Connac, déposé aux archives et qui indique au sujet du pont qui enjambe la Louge en contrebas du château : «Simon de Montfort serait passé en 1213 sur ce pont.» Le conditionnel subodore la légende, certes, mais de même qu'il n'y a pas de preuve que saint Dominique aurait prié dans la chapelle du Rosaire, il n'y a pas de preuve, bien sûr, que Simon de Montfort serait passé là exactement le jour de la bataille de Muret !


Par contre, nous savons que le premier des Rudelle à apparaître comme le fondateur d'une petite dynastie eut pour nom Jean Rudelle et qu'il était marchand à Cassagnes- Bégonhès, près de Rodez. A la génération suivante, son fils Hugues est conseiller au Parlement, en 1570 et la même année on le voit épouser une certaine Marie Daffis, fille d'un des personnages les plus puissants de Toulouse, Jean Daffis, premier président du Parlement de Toulouse.

Vraisemblablement, c'est à l'époque de cet Hugues de Rudelle que le château de Muret a été construit. Signalons aussi une branche  annexe, issue d'un des frères d'Hugues et qui portait le nom de Rudelle d'Alzon. Cette branche était représentée à Muret et en raison de cela, il existe encore de nos jours un lieu-dit, « Dalzon » ou encore « Dauzon », près de la route de Labarthe.

 

Ouvertures à meneaux sculptés et mirande du XVIe siècle, comme on en voit dans les plus beaux hôtels à Toulouse.

 

La légende affirme que Simon de Montfort serait passé sur le pont de Rudelle le jour de la bataille de Muret.


Des Rudelle aux Prohenques
A la troisième génération, le fils de Hugues, Guillaume, est capitoul en 1607, ce qui confère automatiquement titre de noblesse. Les armoiries des Rudelle se lisant ainsi : «D'azur à trois roues d'or». Pendant toute l'époque des guerres de religion, les Rudelle épousèrent activement la cause des catholiques. Ainsi, d'un Rudelle capitoul il est écrit dans des archives « qu'il fait partie de ceux qui semblent être le plus affectionnés au service de Dieu, du roy.et du public ».
Si l'on suit la filiation patrilinéaire, le quatrième des Rudelle à avoir possédé Muret avait pour nom Hugues, comme son grand-père; il fut avocat et conseiller au Parlement en 1643. On le voit marié à une Marguerite de Bertier, du nom de cette puissante famille qui, au XVIIe siècle, fournit au diocèse de Rieux pas moins de trois évêques. Hugues et Marguerite eurent quatre enfants, mais le seul garçon mourut en bas âge, si bien que l'aînée des filles, Catherine, devait recueillir la succession.
Catherine fut la dernière des Rudelle à Muret et par son mariage, le 16 octobre 1660, avec Guillaume de Prohenques, elle allait faire passer le château aux Prohenques qui, dès lors, le possédèrent jusqu'à l'époque troublée de la Révolution et plus exactement jusqu'en 1797.

E.E.


NDLR : Dans nos deux prochaines éditions des lundis, vous pourrez retrouver, en compagnie du vice-président de la Société des études du Comminges, la suite chronologique de l'histoire du château de Rudelle. Elle sera accompagnée de photographies des cheminées et des fresques des étages supérieurs auxquels le public n'a pu accéder.

 

E.E., Histoire de Rudelle I, dans La Dépêche du Midi du 23 septembre 1996

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